Chapitre 18 : La Confession au Sous-Sol
Dès l'échec de la défibrillation et le cri de Valois, Solis se concentre uniquement sur Laurent. Le corps de l'enfant, vidé par les chocs répétés et l'hypothermie des égouts, pendouille sur les épaules de Solis, un poids mort, une énigme silencieuse. Le choc final administré par Chevalier, dans l’urgence et le désespoir, n'a eu pour seul effet que de prouver la limite du Protocole 10 : Laurent est mort pour de bon.
Solis comprend que la confrontation au parking des urgences n’est désormais qu’une distraction. L’unique monnaie d’échange, la seule chose qui peut encore le faire avancer, c’est cette dépouille avant que Lancer ne la récupère pour une analyse médico-légale. Une autopsie officielle effacerait toute trace de l'infiltration de Laurent, de l’Annexe M, et de l'implication de Solis, garantissant le triomphe silencieux de Valois. Solis, le cœur battant à la folie, se lance en avant.
Il arrache Laurent du bras de Chevalier, qui, à la surprise générale, n'a pas résisté—trop concentré sur la défaillance de son Protocole. Solis court vers le conduit d’évacuation qu’il avait repéré. Ce n'est pas le chemin des égouts qu'ils avaient emprunté pour arriver ici, mais un vieux conduit de maintenance menant directement à un réseau de collecteurs pluviaux.
Valois, vociférant des ordres à Lancer, se retrouve momentanément paralysée par la soudaineté de l'action. Sa voix résonne dans le silence post-déflagration du parking souterrain. « Arrêtez Solis ! Quoi que vous fassiez, récupérez le corps ! Le protocole a échoué ! »
Solis se glisse dans le conduit avec difficulté, Laurent traînant derrière lui, le métal froid grinçant sous le poids du corps. Il entend les pas lourds des agents de Lancer, maintenant équipés de lampes tactiques et de combinaisons de protection contre la contamination. L’un d’eux parvient à le localiser, son faisceau de lumière blanche perçant l’obscurité.
« Feu ! » hurle Valois.
Des balles sifflent au-dessus de Solis, mais le conduit les protège par sa configuration en S. Lancer ne peut pas tirer efficacement sans se mettre en danger. Solis rampe, le corps de Laurent le ralentissant, la boue et l’eau se mêlant au sang séché des précédentes blessures.
Il atteint la jonction du conduit pluvial. Les tunnels s’étendent dans un labyrinthe d’humidité et de ténèbres. Solis, se déplace avec une connaissance intuitive des réseaux souterrains parisiens – une compétence qu’il a perfectionnée durant les premières étapes de L’Affaire, cette période où il n'était encore qu'Ombre.
Il doit semer Lancer.
Solis utilise un bâton de fortune, un morceau de ferraille qu’il a ramassé dans les décombres de l'entrepôt RATP, pour forcer une vanne d'évacuation d’urgence. La vanne est vieille, rouillée et résistante, mais la pression est forte. Solis sent ses tendons se déchirer alors qu’il force le levier.
CLANG !
Un bruit sourd dans les profondeurs du tunnel, suivi d’un rugissement d’eau. Solis a réussi. Le tunnel principal, l'embranchement qu’il n'a pas pris, se retrouve envahi par une vague d’eau trouble. Il entend des cris étouffés, le bruit des bottes qui glissent et le fracas d'un agent qui tombe sous l’effet du courant soudain.
Il a gagné quelques minutes. Lancer est désorienté, peut-être ralenti par un agent blessé. Solis respire un instant, l’air vicié des égouts lui brûlant les poumons. Il ramène Laurent, dont le corps semble encore plus froid et rigide.
Solis se glisse hors du conduit pluvial, émergeant dans un collecteur plus grand, une cavité sonore où l'eau bouillonne. Il sort son téléphone prépayé, qu’il a réussi à conserver au sec, et vérifie la carte du réseau qu’il a piratée plus tôt.
Les mots de Laurent lui reviennent, lancinants et froids : La Confession. Les Docks.
Solis se raccroche à cette idée comme à une bouée de sauvetage. Les Docks. Un lieu physique, certes, mais pas seulement. C'est l'étape suivante, le lieu de la vérité, de l’ultime aveu que Laurent était censé fournir. Le Cartographe Négatif a besoin d'un lieu d'étude, d'un laboratoire de fortune.
Solis décide que ce n’est pas le moment de se cacher. Il doit forcer la main du destin. Plus Lancer se rapproche, plus il doit devenir audacieux. S’il veut extraire le secret de Laurent, il a besoin de l’unique personne capable de le ramener : le Docteur Antoine Chevalier, le Cartographe Négatif lui-même.
Chevalier a dû s’échapper du parking de Saint-Pères après la confrontation. Blessé par le tir de Valois, il est probablement en quête d'un refuge sûr, d'un lieu pour panser ses blessures et, surtout, pour récupérer son kit de réanimation portable sophistiqué, abandonné dans le chaos. Solis, l'ayant laissé blessé au parking, savait qu'il le récupérerait.
Solis se dirige vers l'exutoire le plus proche. Il sait qu’ils sont désormais sous l’Hôpital Saint-Pères, qui est vaste, complexe, et regorge de couloirs et de caves. Le Cartographe Négatif est probablement toujours réfugié dans les niveaux inférieurs de l'hôpital, le seul endroit où un urgentiste ex-urgentiste pourrait se cacher à Paris.
Il atteint une grille d'accès, la force avec sa barre de fer, et se hisse, tirant Laurent avec lui. Ils émergent dans une cave de maintenance, où Solis prend un instant pour déterminer sa prochaine action.
Il sort le talkie-walkie de basse fréquence qu’il a volé, le modèle de sécurité de l’hôpital. Il ajuste la fréquence – il a besoin que Chevalier entende, mais Valois, qui suivait déjà cette fréquence pour localiser le piège, doit entendre aussi.
Solis articule les mots, sa voix basse mais rauque. « Lieutenant Solis ici. Urgent. J’ai un patient en arrêt cardiaque qui nécessite un médecin spécialiste du retour. S’il y a un docteur Chevalier dans le bâtiment, il doit descendre immédiatement au niveau moins un du parking pour le Protocole 10. Vie en jeu. »
Solis s’arrête, respire un coup. Le message est un leurre pur, une provocation. Il utilise le jargon médical et le nom du Protocole 10, la marque de fabrique de Chevalier. Il sait que la curiosité scientifique obsessionnelle de Chevalier sera plus forte que sa peur de l’arrestation. Il lui offre le corps de Laurent comme une récompense ultime.
Il dépose Laurent sur le brancard de fortune qu’il a trouvé dans la cave, un vieux modèle usagé qu’il pousse vers l’ascenseur de service. Il prend la direction du parking souterrain, le lieu de la première confrontation manquée.
L'ascenseur arrive au niveau moins un. Le parking est silencieux, froid, et sent le gaz d’échappement et le désinfectant. Seules les lumières de secours clignotent faiblement, un héritage de la coupure d'électricité que Solis avait orchestrée.
Solis pousse le brancard vers une zone de colonnes, un refuge pour une éventuelle fusillade. Il dépose Laurent au sol, s’assurant que le corps est visible, mais qu’il reste protégé de la ligne de mire.
Il n’y a pas une minute à perdre. Valois et Lancer arriveront dès qu’ils auront contourné l’inondation dans les égouts.
Solis se glisse derrière le pilier principal, son arme de service, à peine visible sous la crasse, dans sa main. Il attend. L’attente est un supplice, chaque seconde amplifie le bruit de son cœur battant contre ses côtes.
Soudain, il entend le bruit distinctif d’un moteur de voiture, un van blindé. Lancer. C'était plus rapide que ce qu'il avait escompté. Valois a dû abandonner ses agents blessés dans les égouts pour le rattraper.
Le van fait irruption dans l’espace du parking. Skiiiirt ! Les pneus crissent sur le béton humide. Le véhicule s’arrête brutalement, ses phares aveuglants perçant l’obscurité. Valois et deux agents de Lancer, sortent du véhicule, leurs armes automatiques pointées vers Solis. Ils sont équipés de visières de vision nocturne. Solis est désavantagé.
« Solis ! Montrez-vous ! » hurle Valois. Elle n’était jamais d'humeur à négocier, surtout quand elle avait l'avantage tactique.
Solis ne répond pas. Il veut que Chevalier arrive avant que Valois ne le capture.
Un bruit léger se fait entendre dans le couloir opposé, le bruit d’une porte de service qui se ferme. CLICK. C’est Chevalier. Il est là, attiré par la promesse de la science. Il est venu seul, sa folie scientifique prenant le dessus sur sa prudence.
Chevalier apparaît, boitant légèrement. Il porte sa blouse de chirurgien maculée de sang, et Solis aperçoit à peine qu’il tient une mallette métallique stérile, le summum de l’équipement de réanimation. Le Cartographe Négatif a récupéré son matériel, ou du moins, le strict nécessaire.
Valois, entendant le bruit de pas inhabituels, se tourne, réalisant la double traque. Solis a forcé l’affrontement entre les deux hommes qu’elle déteste le plus.
« Chevalier, arrêtez ! Vous êtes en état d’arrestation. Lancer ! Neutralisez le Cartographe ! » ordonne Valois, partageant ses agents entre les deux cibles.
Chevalier se fige, comprenant qu’il est piégé. Il regarde Laurent sur le sol, ses yeux brillant d'une obsession clinique. Le sujet d’étude parfait.
Solis sort du pilier, son arme pointée, mais pas sur Valois. Sur Chevalier.
« Chevalier ! J’ai Laurent ! Il est mort ! Vous êtes le seul à pouvoir le ramener pour le dernier mot ! » crie Solis.
Chevalier fixe Solis, ses lèvres formant un sourire dément. « Laissez-le là, inspecteur ! J’en ai besoin pour le cycle de résurrection ! » Chevalier ne semble pas remarquer Valois.
Valois, voyant son plan dérailler, ordonne à ses agents de se concentrer sur Chevalier.
Solis tire. Non pas sur Valois, ni sur l’un de ses agents. Il tire sur la jambe de Chevalier.
La balle frappe Chevalier avec un THWACK sourd. Le médecin s’écroule, poussant un cri étranglé, sa mallette glissant sur le sol. Solis vient de le neutraliser, sans le tuer.
Chevalier, le visage tordu de douleur et de rage, essaie de se relever. Solis pointe à nouveau son arme, l’obligeant à rester à terre.
« Maintenant, Chevalier. Vous pratiquez le Protocole 10. Maintenant ! Devant Valois. » Solis crache les mots avec une urgence féroce.
Valois, furieuse, réalise que Solis ne cherche pas à s’enfuir. Il cherche l’ultime aveu, celui que Laurent était censé fournir.
« Solis ! N’interférez pas ! Donnez-moi ce carnet ! » Valois parle du carnet de bord de Chevalier, l’Annexe M originelle, qu'elle croit toujours en possession de Solis.
Chevalier, malgré sa blessure, se traîne vers Laurent, ignorant la fusillade imminente. L’appel de la science est plus fort que la douleur. Il ouvre sa mallette, en sortant une seringue et un défibrillateur portable.
« Adrénaline intraveineuse ! » hurle Chevalier, se parlant à lui-même. Il ignore la menace, sa conscience fixée sur Laurent.
Valois tire vers Chevalier cette fois, cherchant à stopper le protocole. La balle frappe le mur derrière Chevalier, l’obligeant à se jeter à terre un instant.
Solis, utilisant ce moment de chaos, se lance vers Chevalier. « Vous devez le ramener, Chevalier ! C’est notre seule monnaie ! »
Chevalier secoue la tête, les yeux exorbités. Il parvient à administrer l’adrénaline, puis il fixe les électrodes sur le torse glacé de Laurent.
« Deux cents joules ! »
Le bip-bip frénétique du défibrillateur remplit le parking. Chevalier, le corps tremblant, lance le choc.
Le corps de Laurent se convulse, se soulevant du sol. Solis se jette à terre, utilisant le corps de l'enfant comme un bouclier contre les tirs croisés.
Le moniteur cardiaque de Chevalier est minuscule, mais Solis aperçoit la ligne droite. Le choc a échoué.
Chevalier se met à rire, un rire nerveux et hystérique. « Mort totale. Il ne reviendra pas ! Il a traversé la frontière. »
Solis sait que c'est faux. Laurent DOIT revenir. Il doit le forcer. Il a besoin du “dernier mot” que seul le Protocole 10 peut lui donner.
Valois se précipite. « Arrêtez ce fou ! Lancer ! »
Les agents de Lancer, enfin coordonnés, se dirigent vers Chevalier. Solis doit agir vite. Il se lance sur Chevalier, le frappant de sa crosse d’arme, sans lui reprendre son matériel.
« Vous devez continuer, Chevalier ! Je vais vous couvrir. Vous le ramenez ! »
Chevalier, à moitié inconscient suite au coup, acquiesce. « Le Protocole 10. Le cycle… il me faut un lieu stérile… »
Solis ignore le murmure fiévreux et s’emploie à tirer Laurent vers l’escalier de secours, laissant Chevalier traîner son corps blessé. Valois et ses agents sont trop occupés à encercler Chevalier pour le voir.
Valois hurle à Chevalier. « Où est l’Annexe M ? Où l’avez-vous cachée ? »
Chevalier, ivre de sa science, ne répond que par une obsession : « Le sujet, Lieutenant. Laissez-moi mon sujet ! »
Solis profite de la confusion. Il glisse Laurent vers l'escalier, ouvrant la porte.
Il entend une balle frôler son visage. Valois, réalisant que le corps, la seule preuve vivante, est sur le point de lui échapper, tire.
Solis se précipite dans la cage d’escalier, l’écho des tirs amplifié. Il descend les marches rapidement, Laurent ballottant dangereusement.
Il atteignant le niveau moins trois. C’est la zone des livraisons, plus vaste, plus labyrinthique que le niveau moins un. Des camions sont garés, fournissant un camouflage instantané.
Solis s’arrête derrière un semi-remorque. Il a besoin d'éloigner Chevalier de Valois, de le forcer à le suivre.
Il utilise le talkie-walkie, toujours sur la fréquence de Valois. « Valois. Vous n’aurez pas Laurent. Je le ramène à la vie ! C’est notre seule monnaie ! »
Il coupe la communication.
Il prend son prépayé, envoyant un message simple et crypté à Chevalier. Il a besoin que ce génie fou le rejoigne, mais en terrain neutre.
Docks. Hangar C. Votre sujet. Venez seul. Solis.
Solis ne sait pas exactement où Chevalier se cache, mais il parie sur l’instinct de l’homme à suivre le Protocole jusqu’au bout.
Solis localise une vieille Mercedes noire, un taxi de luxe garé là, le moteur allumé. Un travail de livraison, apparemment en attente.
Il se lance vers la voiture.
« Sortez ! » ordonne Solis au chauffeur, le menaçant avec l’arme volée à Lancer.
Le chauffeur, un homme âgé, terrifié, sort.
Solis s’installe au volant, déposant Laurent sur le siège passager, à l’abri des regards. Il enclenche la marche arrière, créant une diversion en frappant un pilier, puis accélère, montant la rampe vers la surface.
Valois et ses agents arrivent à l’embouchure du parking. Ils voient la Mercedes volée disparaître dans la nuit, les lumières de la voiture s’éloignant rapidement.
« Lancer ! Poursuite immédiate ! Ne le perdez pas ! Je veux ce corps ! »
Solis conduit de manière erratique, slalomant dans les rues du 6e arrondissement. Il regarde Laurent. Corps inerte, vie inexistante. Le Protocole 10 de Chevalier est le seul espoir de faire parler l'enfant.
Il fait un bref détour, s’assurant qu’il prend la bonne direction. Hôpital Saint-Pères. Il veut que Chevalier le suive. Il ne peut pas l'attendre aux Docks. Son plan doit être bien plus audacieux. Il doit amener la confrontation à Valois, mais aussi forcer Chevalier à l'aider.
Solis s’arrête brutalement devant l’entrée des urgences de l’Hôpital Saint-Pères, là où Chevalier était censé s’être réfugié après la confrontation au parking.
Il laisse le moteur allumé, déposant brutalement le corps dans l’entrée de l’hôpital, à la vue de tous, à côté d’un grand panneau d’affichage pour les dons de sang.
Solis se lance vers le talkie-walkie de la sécurité de l’hôpital qu’il a volé, augmentant le volume au maximum.
« Attention à toutes les unités de sécurité ! Le Cartographe Négatif a été aperçu à l’intérieur des laboratoires, niveau moins deux. Il détient un otage ! » Solis ne cherche plus la discrétion, il veut la confusion, l'épuisement. Il veut paralyser l’Ordre, forcer Valois à se disperser.
Puis, Solis retourne à sa voiture, prenant le corps de Laurent et le ramenant au siège. Il doit partir.
Il se met en route, conduisant rapidement, sachant que la confusion ne durerait pas. Il doit attirer Chevalier dans un nouveau piège sans que Valois ne le capture en premier.
Solis réalise que le duel n’est plus une question de traque, mais de provocation. Il doit forcer Chevalier à se manifester, à sortir de sa cachette pour récupérer son « sujet d’étude » le plus précieux.
La seule façon d’y arriver était d’utiliser les agents de Valois. Il doit se diriger vers les « Docks », le lieu que Laurent avait indiqué, et les y attirer.
Solis conduit le long de la Seine, réfléchissant au mot Docks. Pas les docks industriels, trop évidents. Mais le quai Quai Anatole France, là où se trouvait un complexe d’archives maritimes sous-utilisé, connu pour ses grands entrepôts silencieux. L’endroit idéal pour une confession publique. Le lieu de la Confession.
Solis met le cap sur les Docks. Il arrive. Les grands hangars sont sombres et silencieux, les ombres des grues s’étendant sur le fleuve. L’endroit parfait pour le rideau final.
Il prend un virage serré, se garant brutalement devant l’entrée principale du Hangar C.
Solis sort le corps de Laurent, l’allongeant sur le bitume, sous l’éclat froid des lampes au sodium. Il s’assure que les agents de Lancer, qui arrivent en trombe, le verront.
Il sort une dernière fois son talkie-walkie. « Valois. Docks, Hangar C. Laurent est là. J’ai besoin de Chevalier pour le ramener. »
Valois, maintenant en communication directe, ne parle pas. Elle envoie un ordre de déploiement à ses agents.
Solis se sent faible. Il est au bout de sa course. Laurent est là, sa dernière chance.
Il aperçoit une lumière clignotante au loin, sur les toits d’un bâtiment des Docks. Chevalier. Il avait suivi Solis. Il venait pour son Protocole 10.
Solis se dirige vers le Hangar C, laissant le corps de Laurent à l’entrée. Il entre. Le hangar est vide, rempli d’une odeur de sel et de métal rouillé.
Il entend les agents de Lancer se déployer, le bruit de leurs bottes couvrant le crissement des pneus sur le bitume.
Valois arrive. Elle voit le corps de Laurent, immobile. Elle voit le piège.
Solis apparaît dans l’ombre du hangar.
« Valois. Les caméras sont en route. Une chaîne indépendante est prévenue. Le Protocole 10 aura lieu ici, et maintenant. » Solis bluffe, mais il sait que L’Ordre écoute.
Valois ne se laisse pas déstabiliser. « Vous ne vous en sortirez pas, Solis. Cet enfant est mort, vous êtes le seul responsable de cette trahison. »
« Je ne suis pas le responsable de sa mort. C’est le Protocole de L’Ordre. »
Soudain, une porte de côté s’ouvre. C'est le Cartographe Négatif. Chevalier apparaît, sa mallette de réanimation à la main, un nouveau défibrillateur portable sophistiqué à l'intérieur, son visage illuminé par la folie. Il avait ses propres caméras miniatures, Solis avait eu raison : il filmait l’instant de la résurrection pour sa science.
« Laissez-moi accéder à mon sujet, inspecteur ! Il est à la limite ! » crie Chevalier, se précipitant vers Laurent.
Valois se tourne, son arme pointée vers Chevalier.
« Chevalier, arrêtez ! Vous êtes en état d’arrestation. Lancer ! Neutralisez le Cartographe ! »
Solis, profitant de la confusion, court vers Laurent, se positionnant entre le corps et Valois.
« Vous voulez le secret, Valois ? Vous devez le laisser revenir ! »
Chevalier, ignorant tout, parvient à atteindre Laurent. Il ouvre sa mallette, fixant les électrodes sur l’enfant. Il utilise des électrodes plus petites, plus efficaces, qu'il a dû subtiliser à Saint-Pères entre-temps.
« Un choc ! Maintenant ! » Chevalier crie sa demande d'excitation.
Solis voit que c’était son moment. Il doit forcer Chevalier à agir, le prendre en flagrant délit de “torture létale” devant Valois, et devant les caméras qu’il espérait être là.
Chevalier applique la charge maximale : 360 joules, la limite. Le corps de Laurent se souleva. Solis retient son souffle, regardant la course du moniteur cardiaque de Chevalier.
Rien.
Chevalier se met à rire, un rire amer et clinique. « Il a tout donné ! La mort est totale ! »
Valois tire. La balle manque Chevalier, brisant une petite bonbonne de gaz compressé.
« Foutez-lui dessus, Solis ! Il va vous échapper ! » l'encourage Valois.
Solis se concentre sur Laurent, ignorant Valois, ignorant Chevalier. Il est au bord de l’effondrement moral. Il n’y a plus de retour pour Laurent.
Chevalier, pris par une excitation clinique, se lance sur Laurent avec une seringue d’adrénaline au lieu de paniquer.
Solis crie. « Ramenez-le, Chevalier ! Ramenez-le pour l’ultime aveu ! »
Valois tire à nouveau. La balle atteint Chevalier, le faisant crier de douleur. Il tombe, sa mallette se brisant sur le sol.
Solis saisit Laurent. Il doit le mettre hors de portée.
Valois, folle de rage, se lance vers Solis. « Vous ne m’empêcherez pas d’étouffer cette affaire ! »
Solis réalise que c’était la fin de cette phase. Il court vers les quais, Valois à ses trousses. Laurent sur son épaule. Chevalier gît derrière eux, blessé, son Protocole brisé.
Solis se jette dans l’eau froide de la Seine. Le choc thermique le frappe violemment. Il tient Laurent, luttant contre le courant glacial, tandis que Valois arrive au bord du quai, son arme pointée. Solis nage vers l’ombre d’un grand bateau de croisière abandonné, son unique chance de s’échapper des Docks. L’eau sent la vase et le pétrole. Solis réalise qu’il est en train de se noyer. Il arrive à la coque du navire, se hissant hors de l’eau. Laurent est à peine maintenu. Il jeta le corps de Laurent sur la coque rouillée, grimpant à bord du navire. Valois, au bord du quai, donne l’ordre. « Lancer ! Récupérez-les ! Ne les laissez pas fuir par le fleuve ! »
Solis se lance dans les entrailles du navire de croisière. Une coque immense, vide. Le bruit des hélicoptères de la police se fait entendre au-dessus d’eux. Solis réussit à se diriger vers la passerelle. Il était sur le navire. Il était hors de portée. Il regarde Laurent, étendu sur le pont rouillé. L’enfant est dans un état de mort complète. Laurent, le jeune homme qui avait infiltré la jeunesse parisienne sous l'Ordre, était désormais hors de portée de la résurrection.
Valois, au bord du quai, est désormais contrainte à la lâcheté de la non-action. Elle ne peut pas tirer sans s'exposer. Solis a réussi. Il a forcé la confrontation, blessé Chevalier, et a mis Laurent hors du périmètre immédiat de Valois, mais Laurent est aussi mort que le secret qu’il était censé révéler.
Comments (0)
No comments yet. Be the first to share your thoughts!