Chapitre 16 : La Surcharge de la Chaudière
Solis, haletant, sentait l’air frais et humide de la ruelle sur son visage, un contraste brutal avec la chaleur suffocante du conduit de ventilation de l’imprimerie. Il venait de s’extraire de ce boyau claustrophobe, sentant toujours l’odeur âcre de l’encre et de l’ozone. Il était en fuite, certes, mais il avait réussi à infecter l’édition du soir avec l’Annexe M. C’était le seul réconfort.
Il n’avait pas le temps de savourer cette petite victoire. Valois était derrière lui, assoiffée d’éradication et furieuse de l’humiliation médiatique.
Il sortit le téléphone que Marie-Ange lui avait laissé—le fameux prépayé, son seul cordon de sécurité. L’écran s’illumina, affichant le message crypté de Camille Dubois.
Gabriel. Fait. Le scoop est dehors. Valois panique, essaie de saisir. Mais le lieu que vous cherchez, c’est le seul non marqué. Ancien Labo. Bio. 5e Ar.
Solis sentit une bouffée d’adrénaline. Le 5e arrondissement. L’Ancien Laboratoire de Biologie. Marie-Ange l’avait trouvé. Ce n’était pas la Base Alpha, qui n’avait servi que de leurre pour lui faire croire à l’urgence de l’échange. C’était l’endroit où Laurent, l’enfant infiltré, était retenu, traité comme un simple échantillon biologique par L’Ordre.
Valois cherchait à détruire Solis pour étouffer le scandale imprimé, mais elle gardait Laurent sous le Protocole 10, le forçant à vomir le secret de la structure de L’Ordre. Elle ne pouvait pas se permettre de gâcher un sujet d’interrogatoire aussi précieux.
Solis se lança dans les rues adjacentes, se fondant dans la foule de fin de journée. Il jeta la veste maculée d’encre, se débarrassant d’une partie de la preuve matérielle de son évasion. Il héla un taxi sans hésiter. La discrétion était un luxe qu’il ne pouvait plus s’offrir.
« Cinquième arrondissement. Près de l’université de Censier, » commanda-t-il, sa voix étonnamment stable malgré l’agitation intérieure.
Pendant le trajet, Solis se concentra. Il devait arriver avant que Valois ne finisse son travail. Le Protocole 10, c’était un cycle de mort et de réanimation. Combien de cycles Laurent avait-il supporté ? Combien de temps avant que l’enfant ne cède ou que son cœur ne lâche définitivement ? Solis connaissait le modus operandi du Cartographe Négatif, Chevalier. Il ne lâchait jamais sa victime avant d’avoir obtenu l’information. Valois, en adoptant ce protocole, montrait qu’elle était devenue fonctionnellement Chevalier elle-même.
Le taxi le déposa dans une rue calme, bordée d’immeubles académiques austères. Les grandes portes de l’Ancien Laboratoire de Biologie étaient effectivement cadenassées, un sceau de la ville. Le bâtiment, massif et lugubre, sentait l’abandon.
Solis fit le tour du périmètre. L’endroit était silencieux. Trop silencieux.
Il trouva la petite porte de servitude métallique, rouillée, cachée entre les poubelles et un mur aveugle. Il sortit son kit de crochetage. Il travailla la vieille serrure. C’était un mécanisme simple, conçu pour empêcher les étudiants, pas la police.
Le clic de la serrure fut presque inaudible, mais à Solis, il résonna comme un coup de fusil.
Il poussa la porte. L’air à l’intérieur était un mélange sinistre d’éther, de javel et de moisissure. Il était au bord de l’Ancien Laboratoire de Biologie.
Il s’immobilisa, écoutant. Il y avait des voix. Des murmures étouffés, provenant de loin dans le bâtiment. Et un son qu’il ne pouvait pas ignorer : le bip-bip régulier d’un électrocardiogramme. Laurent était là.
Solis sortit sa lampe torche, la réglant au minimum. Il avança dans le couloir, longeant le mur, ses bottes crissant sur les carreaux brisés.
Il reconnut l’aile des préparations chimiques, l’odeur familière des conservateurs. Il se dirigea vers le bruit, jusqu’à ce qu’il atteigne une ouverture donnant sur un grand amphithéâtre en terrasses, celui qui avait servi aux dissections universitaires.
Au centre de la salle, un tableau macabre.
Laurent était attaché à une table en acier. Il était pâle, la peau luisante sous l’éclat froid d’une lumière chirurgicale portable. Des électrodes étaient fixées à son torse.
Valois était là. Elle portait une blouse chirurgicale, la concentration gravée sur son visage. Elle était en conversation téléphonique, sa voix basse mais tendue, noyée par le bruit de l’électrocardiographe.
« Oui, Procureur, la saisie a été ordonnée il y a une heure… Je gère le chaos médiatique, mais Solis est incontrôlable. Il a tout infecté. » Valois faisait les cent pas. « Donnez-moi encore vingt minutes. Je dois extraire la dernière information de l’enfant avant de le neutraliser et de clore cette farce. Il doit me donner la structure des cercles internes. »
Deux agents de Lancer, également en blouses, encadraient la table, surveillant l’équipement. Solis nota qu’ils étaient manifestement sur les nerfs. La tension, le lieu, le Protocole 10, tout contribuait à une atmosphère d’horreur concentrée.
Laurent gémissait, ses muscles se contractant légèrement. L’électrocardiographe bipait. L’enfant n’était pas encore mort, mais il était sur le seuil. Valois le maintenait dans cet entre-deux cruel.
Solis réalisa qu’il devait agir immédiatement. S’il confrontait Valois directement, elle abattrait Laurent pour ne pas perdre la preuve qu’elle cherchait. Il devait créer un chaos forçant Valois à lever le Protocole et à se concentrer sur sa propre survie.
Il se glissa hors de l’amphithéâtre, cherchant son objectif : les chaudières du sous-sol, là où le danger pouvait être maximisé sans un coup de feu.
Il trouva l’escalier de service, le descendit. Le sous-sol était un méandre de tuyaux énormes, de conduites d’eau et de bouches à incendie désaffectées. L’odeur d’huile et de fuel était prégnante. Les chaudières, une série de monstres métalliques rouillés, ronronnaient faiblement.
Solis se dirigea vers le panneau de contrôle marqué d’un ancien pictogramme d’avertissement. Il n’était pas ingénieur, mais il connaissait la logique des vieux systèmes. Surcharger le système, augmenter la pression à un point critique. Il fallait créer un danger imminent, une menace que Valois ne pourrait pas ignorer.
Solis repéra la conduite de gaz principale — sans issue, malheureusement. Mais à côté, il y avait la vanne principale de la conduite d’eau froide, menant à un grand réservoir. Et surtout, les soupapes de surpression des chaudières.
Il commença à manipuler la première vanne qu’il trouva, la tournant avec une force brute. Le métal grinça. De la vapeur s’échappa d’un joint usé. Le sifflement était léger, mais il montait en intensité.
Il localisa la soupape de sécurité de la Chaudière n°3, la plus ancienne. Il la bloqua avec l’anse rouillée d’un seau abandonné. C’était une manœuvre désespérée. En situation normale, la chaudière continuerait à chauffer, la pression monterait dangereusement sans pouvoir s’échapper. En quelques minutes, l’explosion était garantie. L’incendie serait dévastateur.
Le bruit dans la salle des chaudières était maintenant un crescendo de sifflements et de cliquetis. Le danger était réel, pour tout le monde.
Solis remonta en courant l’escalier de service. Il devait être là pour exploiter la panique.
Il revint à l’amphithéâtre. Les agents de Lancer, là-haut, ne semblaient pas avoir entendu le bruit du sous-sol, trop occupés par le Protocole 10 et les murmures de Valois au téléphone.
Solis se positionna à l’entrée de l’amphithéâtre, derrière une pile d’anciens microscopes couverts d’une bâche poussiéreuse.
Valois venait de raccrocher, son visage crispé de frustration.
« Vingt minutes! C’est tout ce que j’ai obtenu. S’ils trouvent cette adresse, nous sommes faits, » dit Valois à ses agents. « Recommencez le cycle. Huitième choc. Il doit craquer. »
L’agent masqué s’apprêtait à saisir les palettes de défibrillation.
Alors que Valois donnait son ordre, Solis frappa le sol avec le pied du microscope, créant un bruit sec.
Valois se figea. Elle tourna la tête, mais elle était seule à l’entendre.
Puis, la première alarme sonore du bâtiment se déclencha. Faible, mais perçante. C’était l’alerte de surchauffe et de pression critique du sous-sol.
« Qu’est-ce que… » commença un agent.
Le sifflement de la vapeur devint audible, même à ce niveau. Une odeur de goudron chaud et d’huile brûlée commença à monter.
Valois réalisa. « C’est Solis. Il est là. Au sous-sol. »
Elle se précipita vers l’entrée de l’amphithéâtre.
« Qu’est-ce qu’il a fait ? » demanda l’autre agent.
« Il a mis les chaudières en surpression ! Il veut que le bâtiment explose ! » Valois avait le visage décomposé. Elle connaissait le danger des anciennes installations. L’explosion d’une chaudière centrale dans ce genre de bâtiment, c’était le collapse immédiat.
Solis ne se montra pas. Il attendait que la panique soit à son comble.
« Lancer ! Descendez immédiatement ! Vérifiez la soupape de la Chaudière Trois ! Il a dû la bloquer ! » ordonna Valois. Elle comprenait qu’éteindre la chaudière seule ne suffirait pas. Il fallait relâcher la pression.
Les deux agents de Lancer se lancèrent vers l’escalier de service. Le temps de descendre et de trouver la soupape, les minutes étaient comptées. Solis avait créé sa fenêtre.
Valois, seule, se retrouva face à un choix impossible : rester pour extraire la confession de Laurent avant la mort médiatique, ou fuir le danger imminent de l’incendie et l’arrivée des journalistes.
Elle se lança vers Laurent, non pas pour continuer le Protocole, mais pour sécuriser ce qu’elle cherchait vraiment : la preuve.
Solis comprit. Valois ne voulait pas la confession de Laurent, elle voulait le journal de l’enfant, la preuve de son infiltration, le fameux Log que Laurent avait transporté avec lui.
Valois saisit un petit classeur en cuir posé sur une table annexe, un carnet de bord. En quelques secondes, elle arracha la page de garde, la déchiquetant. C’était un geste de pure destruction administrative. Elle voulait annuler le statut d’infiltré de Laurent et le transformer en simple victime du Cartographe.
Alors que Valois se concentrait sur le carnet, Solis émergea de l’ombre et se lança vers la table.
« Valois ! La farce est finie ! »
Valois se retourna, le pistolet à la main. « Gabriel ! Quelle surprise. Vous avez préféré un coup d’éclat journalistique à la vie de votre informateur ! »
« Vous n’avez jamais eu l’intention de le laisser vivre. Vous avez inventé la Base Alpha pour m’attirer. L’Annexe M est imprimé ! » répliqua Solis.
Le sifflement de la vapeur au sous-sol était maintenant violent. L’alarme crachait son signal d’urgence.
Valois recula. Elle savait que les agents de Lancer ne réussiraient pas à rétablir la pression à temps si Solis avait bien fait son travail. Et les sirènes, au loin, annonçaient l’arrivée des premières équipes d’intervention – ou des journalistes.
« Je vous donne une dernière chance, Gabriel. Laissez l’enfant. Sauvez-vous. J’efface tout. »
« Non. »
Solis se lança vers l’avant, saisissant le petit défibrillateur portable qui était posé à côté de Laurent. Il n’avait pas l’intention de le tuer, mais de s’en servir comme d’une arme de diversion.
Il lança l’appareil lourd en direction du mur de l’amphithéâtre opposé, où se trouvait le panneau de contrôle de la lumière chirurgicale. L’impact fut brutal. Les lumières s’éteignirent dans un crack.
La pénombre enveloppa la pièce, seulement éclairée par la lumière d’urgence rouge qui scintillait au-dessus.
Valois, désorientée, tira, mais sans précision, les balles ricochant sur le sol. Solis utilisa l’obscurité pour se rapprocher de la table d’opération.
Laurent, dont les yeux s’étaient entrouverts, murmura faiblement : « Sauvez… La Niche… » Solis ne comprenait pas, mais il l’ignora pour l’instant.
Solis attrapa Laurent, coupant les fixations de cuir d’un geste rapide de son couteau de poche. Laurent était lourd et flasque, son corps éprouvé par les cycles de mort.
Valois vit Solis soulever l’enfant. « Ne le touchez pas ! »
Elle tira à nouveau, visant Solis cette fois. Solis esquiva la balle. La seconde atteignit un réservoir d’eau froide sur le mur. Le jet d’eau créa un bruit supplémentaire dans le chaos.
Solis, portant Laurent sur son épaule, se lança vers la sortie qu’il avait repérée plus tôt, à l’arrière de l’amphithéâtre. La petite porte en acier marquée DÉCHETS BIOLOGIQUES.
Il entendit Valois crier des ordres, sa voix noyée par l’alarme de surpression qui atteignait maintenant une intensité dangereuse.
« Suivez-le ! Ne le laissez pas sortir avec l’enfant ! Lancer, abandonnez les chaudières : il faut sécuriser l’information ! »
Valois avait fait son choix : l’information valait plus que le risque d’explosion. Elle savait que l’incendie et les médias allaient la forcer à fuir de toute manière.
Solis défonça la porte des Déchets Biologiques. Il se retrouva dans un sas étroit, menant à un conduit vertical. Il se laissa glisser, l’enfant inconscient contre lui, sa chute ralentie par les tuyauteries rouillées.
La descente fut rapide et douloureuse. Il atterrit lourdement au sous-sol, au milieu des tuyaux et du bruit assourdissant de la vapeur qui s’échappait violemment. La salle des chaudières était maintenant un enfer de bruit et de chaleur. Ses deux agents, Lancer, n’étaient plus là. Ils avaient probablement réussi à relâcher une partie de la pression pour éviter le pire, mais l’alerte était maintenue.
Solis chercha la sortie. Il se souvint de la grille d’aération qu’il avait arrachée précédemment pour fuir ses propres agents au siège du Matin Indépendant. Il cherchait une sortie d’urgence, un exutoire.
Entre deux chaudières, au niveau des fondations, il vit un petit tunnel bas. Un panneau indiquait Service d’Évacuation des Eaux Usées – RATP.
C’était ça. Un conduit menant probablement au réseau d’entretien de la ville. Le point d’exfiltration parfait, que Valois n’aurait jamais surveillé, car trop aléatoire.
Solis se glissa dans le tunnel, tirant Laurent derrière lui par les épaules. La progression était lente et éprouvante. Laurent gémissait faiblement.
Derrière lui, il entendit les bruits de l’équipe de Lancer qui était revenue au sous-sol. Les agents de Valois entraient dans le couloir des chaudières.
« Solis ! Arrêtez immédiatement ! Si cet enfant meurt, vous êtes tenu responsable ! » hurla Valois.
Solis ne répondit pas. Il continuait de ramper. Il voyait devant lui une grille métallique qui marquait la fin du tunnel et le début du conduit d’évacuation des eaux.
Il parvint à la grille. Elle était bloquée, visiblement soudée.
Il tira. Il poussa. Rien. La fatigue le gagnait. Laurent était contre lui, son pouls faible.
Soudain, il se souvint des outils qui restaient dans son sac à dos. Une petite barre métallique qu’il avait utilisée pour forcer l’entrée au Palais de Justice. Il la sortit, et l’utilisa comme levier. Le métal rouillé de la grille céda dans un grincement horrible, mais elle s’ouvrit suffisamment pour se glisser.
Il était dans un conduit d’égout. L’odeur était insupportable, le silence assourdissant, contrastant avec le vacarme des chaudières. L’eau usée était froide et collante.
Valois arriva à l’embouchure du tunnel. Elle vit la grille arrachée.
« Il a pris les égouts ! Lancer ! Suivez-le ! Il ne doit pas arriver à l’exfiltration ! »
Solis s’avançait dans les eaux usées, le corps de Laurent flottant à côté de lui, soutenu par la force de ses bras. Il devait sortir de ce labyrinthe.
Il ne savait pas où menait ce conduit. Il se fiait au plan de Marie-Ange pour l’explication de la Base Alpha.
Il rampa pendant ce qui lui sembla être une éternité. Puis, il vit une faible lumière devant lui. Une échelle menant à une trappe. Il forçait sur son corps, haletant sous l’effort, mais il atteignit l’échelle.
Il parvint à hisser Laurent, puis à se hisser lui-même. La trappe était lourde. Il la poussa, sortant dans un espace confiné.
Il était dans un ancien entrepôt de matériel de maintenance. Un lieu gris, froid, rempli d’équipements abandonnés.
Il s’effondra, tirant Laurent hors du conduit. Il ferma la trappe derrière lui. Il était en sécurité, temporairement.
Il vérifia le pouls de Laurent. Faible, mais présent. L’enfant survivait aux cycles.
Solis chercha une sortie. L’entrepôt était désaffecté, sauf un petit coin. Une porte de service, marquée RATP.
« C’est l’endroit, » murmura Solis, réalisant que le conduit qu’il avait pris était une ancienne voie de service de la RATP, le réseau de transport parisien. C’était le lieu où Laurent était censé être exfiltré s’il avait réussi sa mission. L’ultime cachette.
Solis força la porte RATP avec la barre de levier, pénétrant dans un petit appartement de fonction de la RATP, isolé et sécurisé.
L’appartement était spartiate, mais propre. Un kit médical d’urgence était posé sur le plan de travail. Marie-Ange avait pré-positionné ce lieu avant sa capture, anticipant peut-être que Laurent aurait besoin de soins intensifs après sa mission d’infiltration. C’était la « zone de réintégration » de Laurent.
Solis déposa Laurent sur le lit. Le jeune agent était dans un état critique. Ses lèvres étaient bleues, sa respiration peu profonde.
Solis se jeta sur le kit de premiers secours. Il ouvrit l’emballage stérile. Il y avait tout ce dont il avait besoin : seringues, solutés, drogues vasoactives, même un petit défibrillateur portable de qualité supérieure. Le luxe de l’Ordre.
Il inséra un cathéter dans le bras de Laurent. L’infusion commença. Solis était un inspecteur, pas un médecin, mais il avait assisté à assez de réanimations pour savoir quoi faire. Il devait maintenir le corps, stabiliser les fonctions vitales.
Il vérifia le moniteur cardiaque. Le cœur de Laurent montrait une arythmie complexe. Le Protocole 10 avait laissé des séquelles sévères.
Soudain, le cœur de Laurent s’arrêta. L’ECG devint une ligne plate. Le son strident de l’alarme de l’appareil emplit la petite pièce.
Solis n’hésita pas. Il prit les palettes du défibrillateur et les chargea. La dose devait être précise.
Il appliqua la charge. Le corps de Laurent se contracta violemment sur le lit, les muscles se tendant.
Solis observa le moniteur. Une fibrillation ventriculaire, puis un rythme sinusal faible revint. Il était revenu.
Laurent ouvrit faiblement les yeux. Il regarda Solis, la peur et l’épuisement gravés sur son visage d’enfant-soldat.
« Laurent. Vous êtes en sécurité. Parlez-moi. Qu’est-ce que Valois cherchait ? »
Laurent toussa, sa voix n’étant qu’un murmure éraillé. « Pas Valois… L’Ordre… Ils savaient déjà. »
« Quoi ? Les secrets du Protocole ? »
« L’Ordre… a besoin d’un nouveau cœur… »
Laurent ferma les yeux, la ligne sur le moniteur cardiaque redevint plate. Le second arrêt. Solis avait très peu de temps.
Solis recommença la réanimation, utilisant la technique de compression. Il chercha l’adrénaline. Il injecta la dose. Il reprit les compressions.
Il se souvenait des paroles de Ombre. C’était au moment du retour de la mort que la vérité sortait. C’était le secret que Chevalier cherchait à cartographier : l’ultime confession.
Laurent revint. Il ouvrit les yeux, un éclair de lucidité. Il avait moins de ressources cérébrales, moins de temps.
« Le lieu… de la Confession. » Laurent haletait. « Pas ici. Pas l’Ordre. Les… Docks. »
Solis se pencha, capturé par ce mot étrange. « Les Docks ? Quoi, Laurent ? Les Docks de quel endroit ? »
Laurent, ses yeux se dilatant, murmura le mot une dernière fois, sa voix s’éteignant dans son souffle. Le moniteur cardiaque s’arrêta à nouveau.
Solis jeta les yeux sur l’écran. Le troisième arrêt était là. Les compressions devaient fonctionner. Il chargea les palettes, pressant Laurent pour le ramener du seuil, sachant que ce nom – Les Docks – était la nouvelle clé, le prochain piège, ou l’ultime vérité.
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