Chapitre 17 : La Théorie du Choc Final
Solis jeta les yeux sur l’écran. Le troisième arrêt était là. Les compressions devaient fonctionner. Il chargea les palettes, pressant Laurent pour le ramener du seuil, sachant que ce nom – Les Docks – était la nouvelle clé, le prochain piège, ou l’ultime vérité.
Il sentait la sueur froide couler dans son dos alors qu’il administrait le choc. Le corps de Laurent se souleva, retomba lourdement sur le lit. Solis fixait l’écran de l’électrocardiogramme, retenant son souffle. Rien. La ligne droite persistait, cruelle, accompagnée du sifflement continu de l’alarme.
« Reviens, gamin, » murmura Solis, sa voix rauque. Il n’était pas un homme de prière, mais il suppliait maintenant ce rythme faible de revenir.
Il chargea une nouvelle fois les palettes, sans attendre que le défibrillateur ne finisse de hurler. Il ne tenait pas compte des protocoles normaux, il jouait contre le temps et l’épuisement. Il appliqua la charge. Un nouveau spasme.
Toujours rien. Laurent était un poids mort, une énigme silencieuse. Le Protocole 10, ce cycle infernal de mort et de résurrection, avait trouvé sa limite. Le cœur de Laurent avait cédé pour de bon.
Solis se redressa, frappé par une vague de désespoir. Il avait échoué. Il avait ramené Laurent dans cet endroit isolé, croyant avoir gagné quelques minutes de répit, pour le voir mourir dans ses bras. Et avec lui, le secret de « La Niche » et des « Docks ».
Le lieu de la Confession n’est pas ici. Pas l’Ordre. Les Docks.
Solis se concentra sur ces derniers mots. Laurent n’était pas censé simplement mourir. Il était censé fournir la vérité en revenant. Sa mort était la preuve que la vérité était trop lourde, ou que l’Ordre avait programmé sa défaillance.
Il devait agir vite. Chaque seconde passée à l’intérieur de cet appartement de fonction désaffecté de la RATP augmentait le risque que Valois le retrouve.
Il commença à retirer les électrodes du torse de Laurent, enveloppant le corps dans la couverture de survie usagée qu’il avait trouvée plus tôt. Il devait emporter Laurent. Laisser le corps ici, c’était laisser Valois s’en emparer, l’autopsier, et effacer toute trace de l’infiltration.
Soudain, Solis entendit un bruit sourd et métallique qui résonna dans le conduit d’évacuation des eaux usées, juste sous l’appartement. Le même conduit qu’il avait utilisé pour s’échapper.
Trop vite. Valois et son équipe Lancer ne traînaient jamais. Ils avaient dû retrouver le tunnel rapidement, et forcer le passage sans hésitation.
L’alarme silencieuse de l’appartement, une petite LED verte qu’il avait remarquée à côté de la porte RATP, clignota brièvement, passant au rouge. Quelqu’un venait de forcer la porte de l’entrepôt de maintenance attenant. Ils étaient là. Sans surprise. Valois était aussi implacable que le Cartographe Négatif.
Solis souleva Laurent, serrant le corps contre lui. Le jeune homme était étonnamment léger, vidé par l’épuisement de la torture.
Il entendit des pas rapides dans l’entrepôt adjacent, le cliquetis d’armes non sécurisées.
« Solis ! Sortez où nous ouvrons le feu ! » La voix grave de Valois retentit, amplifiée par le silence du hangar. Elle n’était pas du genre à négocier.
Solis se précipita vers la seule fenêtre de l’appartement. Une petite vitre opaque qui donnait sur un mur aveugle du côté de la voie ferrée de surface. Il n’y avait pas d’issue de ce côté.
Il se tourna vers le kit de défibrillation, mais l’idée était ridicule. Il ne pouvait pas se défendre avec des palettes. Il sortit son arme de son holster, l’inspecta sous la faible lumière d’urgence.
Valois frappa une fois, sèchement, sur la porte blindée de l’appartement RATP. La porte était solide, Solis le savait. Mais elle ne gagnerait que quelques secondes.
« Préparez les explosifs ! Solis a l’enfant ! » ordonna Valois.
L’urgence était réelle. S’ils dynamitaient l’entrée, il serait enseveli avec Laurent.
Solis regarda autour de lui. Le tableau électrique principal de l’ancienne station RATP était dans la petite kitchenette. Un boîtier gris, poussiéreux, plein de leviers rouillés, marqué d’un ancien logo de la ville.
Il se lança vers le boîtier, déposant Laurent un instant. Il sortit son couteau de poche, introduisant la pointe de la lame dans la fente qui permettait de déconnecter la ligne au disjoncteur principal.
Il y avait un « Coupure Générale » clairement marqué. Mais à côté, un levier plus discret, « Ventilation/Éclairage Tunnel ». Un petit fusible de sécurité pour les interférences radio.
Solis n’hésita pas. Il arracha le fusible avec la pointe de son couteau, le jetant au sol. Une gerbe d’étincelles, un swoosh électrique, et l’appartement plongea immédiatement dans une obscurité totale, rompue seulement par la lumière d’urgence du défibrillateur posé sur le lit.
Dans l’entrepôt adjacents, Valois et Lancer durent être désorientés. Solis entendit un juron étouffé, puis un cri confus.
Solis profita de l’obscurité pour se précipiter vers la porte, Laurent sous le bras. Il devait sortir par là où ils étaient entrés, avant que l’alarme silencieuse de Valois ne leur révèle sa position exacte. Il ne pouvait pas se permettre une fusillade dans un espace aussi confiné, surtout avec le corps de Laurent.
Il ouvrit la porte de l’appartement RATP avec précaution, prêt à reculer. L’entrepôt était maintenant plongé dans une pénombre presque absolue.
Solis identifia la silhouette de Valois, sa lampe torche tactique pointée vers le plafond, cherchant à s’adapter au changement brutal de lumière. Deux agents de Lancer étaient à ses côtés, visière baissée, visiblement frustrés par cette ambiance d’embuscade.
Solis se lança vers un amoncellement de vieilles traverses de chemins de fer, utilisant le bruit de ses propres pas pour couvrir le bruit qu’il fit en reposant Laurent un instant derrière la pile.
« Solis ! Arrêtez de jouer ! Ramenez l’enfant, ou je vous envoie à l’incinération ! » La voix de Valois était acérée.
« Il est mort, Valois. Vous l’avez tué vous-même avec votre foutu Protocole 10, » répliqua Solis, sa voix résonnant légèrement contre le béton.
Valois se figea. Elle alluma son téléphone, utilisant l’écran pour naviguer. Solis comprit qu’elle ne voulait pas gaspiller ses batteries tactiques si la panne d’électricité était totale.
« Mensonge. Posez le corps immédiatement, Solis. Cet enfant est une preuve critique d’une infiltration que vous avez orchestrée, » dit Valois, progressant prudemment vers la zone où Solis s’était caché.
Solis savait qu’elle ne parlait pas de l’infiltration pour le compte de L’Ordre, mais de l’infiltration pour son propre compte, celle liée à son affiliation à Ombre qui avait conduit à l’Annexe M.
Solis ramassa Laurent et se lança vers le conduit d’évacuation qu’il avait utilisé. C’était le seul chemin possible.
Un des agents de Lancer, plus rapide, parvint à localiser le mouvement de Solis et tira un coup de semi-automatique. Le bruit déchira le silence lugubre de l’entrepôt. La balle s’encastra dans une poutre en métal, créant une volée d’étincelles.
Solis rampa, glissant à nouveau dans l’étroit tunnel menant aux égouts. Il entendit Valois crier des ordres, sa frustration à son comble.
« Couvrez-le ! Deux agents dans le conduit ! Je veux qu’il soit récupéré ! J’ai besoin de ce corps pour l’analyse médico-légale ! »
Solis s’enfonça résolument dans l’odeur âcre des eaux usées qui contrastait avec l’odeur stérile de l’appartement RATP. Il nageait dans la nuit froide des égouts parisiens, Laurent flottant à ses côtés, tout juste maintenu par sa poigne ferme.
Il savait qu’il ne pouvait pas leur échapper longtemps. Les agents de Lancer étaient équipés de lampes étanches et de combinaisons de protection. Ils le suivraient mètre après mètre.
Solis utilisa son téléphone prépayé, qu’il avait conservé au sec dans une pochette zippée, pour se repérer. Il n’avait pas l’intention de chercher un exutoire aléatoire. Il devait avoir un plan.
Les mots de Laurent lui revinrent à l’esprit : La Confession. Les Docks. Solis décida d’interpréter cela non pas comme un lieu physique aléatoire, mais comme un changement de phase du Protocole 10. Le Cartographe Négatif (Chevalier) était le seul à pouvoir ramener Laurent pour la vérité ultime.
Pourquoi Laurent avait-il insisté sur « Les Docks » alors qu’il était sur le point de mourir ? Solis se souvint des pages arrachées de l’Annexe M qu’il avait livrées à Dubois. Il y avait des diagrammes de la circulation sanguine, des notations sur les thérapies par choc et surtout, le plan de l’Ordre pour le Cartographe Négatif.
Le nouveau point de chute de Chevalier, depuis la fuite de Solis de la Clinique Anonyme, était l’Hôpital Saint-Pères. Marie-Ange l’avait confirmé dans un message antérieur, révélant que là se trouvait l’Annexe M originale (les preuves vidéo).
L’Hôpital Saint-Pères. Un lieu public, immense, plein de vie et, surtout, de médecine légale. Chevalier utilisait des lieux de soins pour ses rituels.
Solis réalisa que Laurent, avec ses derniers souffles, lui avait donné le lieu de la prochaine étape du Protocole 10, pas nécessairement le lieu où l’Ordre se terrait – mais où il devait se rendre pour obtenir la confession finale, celle que seule la résurrection pouvait fournir.
Il ne pouvait pas réanimer Laurent lui-même. Il lui fallait Chevalier.
Solis changea de direction dans le conduit d’égout principal, se dirigeant en diagonale vers le 6e arrondissement. Il avançait dans l’eau jusqu’aux genoux.
Derrière lui, il entendit le bruit distinctif de bottes lourdes frappant la pierre humide. Ils étaient là. Valois n’était peut-être pas dans le conduit, mais Lancer était à moins de cinquante mètres.
Solis augmenta son rythme, poussant le corps de Laurent devant lui. Il arriva à un embranchement. Le tunnel principal continuait vers la Seine, l’autre, plus étroit et plus propre, s’orientait vers un réseau de canalisation universitaire, celui de l’université de Censier, juste à côté de Saint-Pères.
Il tourna à droite, vers l’étroit conduit.
La progression était maintenant plus difficile, il devait se pencher. Il entendit un cri étouffé derrière lui, le bruit d’une chute. Lancer avait perdu un agent dans les tuyaux.
Solis se concentra sur son plan dément. Il allait offrir Laurent en otage, mais pas à Valois. Au Cartographe Négatif lui-même.
Il arriva à une grille de maintenance verrouillée, marquant la fin du réseau universitaire et le début du conduit de surface. Il utilisa sa barre métallique de fortune, le même outil qu’il avait utilisé pour s’échapper du Laboratoire de Biologie, pour forcer la grille. Le bruit grinçant résonna.
Il se hissa, puis tira Laurent hors des égouts.
Ils étaient dans une cave humide et sombre, sentant la vieille pierre et la poussière de charbon. La cave était pleine de boîtes en carton et de vieux meubles de laboratoire. Il monta les escaliers, découvrant une porte de service qui donnait sur les arrière-cours résidentielles du 6e.
Solis ouvrit la porte, émergeant dans une petite ruelle. L’air frais de la nuit le frappa. Il était à quelques pâtés de maisons de Saint-Pères.
Il jeta un coup d’œil derrière lui, le conduit d’égout était silencieux. Valois mettrait quelques minutes à le remonter.
Il héla un taxi. Il n’y avait pas de discrétion possible. Il était couvert de boue d’égout, trempé et puant.
« Hôpital Saint-Pères, Urgences. Vite, » ordonna Solis au chauffeur, dont le visage se figea de peur en voyant le corps inerte de Laurent, enveloppé.
« C’est une urgence médicale, » dit Solis, sa voix ne laissant aucune place à la discussion. « Couvrez-moi de monnaie, » dit Solis, jetant des billets sur le siège avant.
Le taxi s’élança en direction de Saint-Pères.
Pendant le trajet, Solis travailla. Il sortit les quelques outils qu’il avait conservé – un talkie-walkie de basse fréquence qu’il avait récupéré à la Clinique Anonyme. Il devait anticiper Valois.
Il appela Marie-Ange, utilisant son ancien code. Il n’entendit qu’un grésillement. Valois l’avait toujours en détention administrative, coupée de toute communication. Solis était complètement seul.
Il devait se fier à l’instinct. Il avait rendu l’Annexe M public pour paralyser l’Ordre, mais il avait échoué à sauver Laurent. Maintenant, il allait prendre le corps de l’enfant et le mettre en scène. La question n’était pas de sauver Laurent de la mort – il était déjà perdu –, mais de le ramener pour un dernier mot, l’ultime aveu que Valois cherchait.
Le taxi s’arrêta devant l’entrée des urgences de Saint-Pères. C’était une marée de gyrophares, de va-et-vient, le chaos organisé des grandes urgences parisiennes.
Solis sortit du taxi, portant Laurent de manière à ce qu’il ressemble à un patient transporté en urgence.
Il entra dans le hall. Les infirmiers le regardèrent avec confusion, puis avec une alerte professionnelle.
« Accident ? Que s’est-il passé ? » demanda un homme en blouse blanche.
« Arrêt cardiaque suite à un choc. Il semble hypothermique. Besoin d’une réanimation immédiate, » dit Solis, sa voix ferme, utilisant le jargon pour gagner du temps.
On lui indiqua un brancard vacant. Solis déposa Laurent.
Il se dirigea vers le panneau de signalisation. Hôpital Saint-Pères. Chevalier, le Cartographe Négatif, utilisait cet endroit pour ses fournitures médicales et ses recherches sur l’entre-deux. Il était forcé d’être là, car Valois le traquait aussi.
Solis se rendit au bureau d’information, s’adressant à l’agent de sécurité devant l’accueil, ignorant son insigne d’inspecteur qui était à peine visible sous la crasse.
« Archives médico-légales. Je dois accéder aux registres. Urgence de vérification de protocole, » dit Solis, maintenant son regard sur l’agent.
L’agent hésita. « C’est fermé à cette heure. »
Solis insista, utilisant le ton de l’autorité. « Je suis de la PJ, j’ai une urgence. Si vous me retardez, vous mettez des vies en danger. » Solis désigna le corps de Laurent au bout du couloir.
L’agent céda, ouvrant une porte latérale menant à un escalier de service. Solis se lança à la recherche des laboratoires de Chevalier. Marie-Ange avait parlé d’un laboratoire secret.
Il descendit dans les niveaux inférieurs. L’odeur d’hôpital se transforma en une odeur de formaldéhyde et de désinfectant froid. Il était près de la morgue et des zones de recherche.
Il trouva le service de recherche en cardiologie. La porte était marquée d’un petit écriteau : Dr. A. Chevalier, Praticien Temporaire.
C’était ça. Le Cartographe Négatif était là, planqué dans les infrastructures de sa vie antérieure.
Solis avait besoin de Chevaliers pour revenir au protocole. Il était le seul homme capable de ramener Laurent au-delà de ce quatrième arrêt.
Solis se positionna de manière à voir le couloir.
Valois frappa. Elle ne perdrait pas de temps.
Solis reçut un message texte court sur le prépayé, de Camille Dubois.
Saisie stoppée. Ordre du Procureur. L’Annexe M est passé au journal de minuit. Le titre a choqué. Lancer est sur vous, Solis. Ils ont tracé l’appel du taxi. Ils arrivent. Confirmez que Laurent est à Saint-Pères.
Solis ne répondit pas. Il était dans la minute critique.
Il devait forcer une confrontation, mais en terrain neutre, sous l’œil des caméras (même s’il savait que Lancer les neutraliserait) et avec la pression.
Solis remonta rapidement au niveau du brancard où il avait laissé Laurent. Il le tira rapidement sous les yeux ahuris des infirmiers.
« Désolé, urgence de transfert ! » dit Solis.
Il traîna Laurent vers l’escalier le plus proche, le menant directement au parking souterrain. C’était le seul endroit où il pouvait diriger la confrontation sans mettre de civils en danger immédiat (même s’il s’en moquait de moins en moins).
Solis atteignit le premier niveau du parking. L’espace était froid, rempli de colonnes.
Il déposa Laurent contre le mur, s’assurant que le corps était visible, mais qu’il restait protégé des premiers tirs.
Solis sortit le talkie-walkie de basse fréquence qu’il avait récupéré, ajustant la fréquence à celle des équipes de sécurité de l’hôpital.
« Lieutenant Solis ici. Urgent. J’ai un patient en arrêt cardiaque qui nécessite un médecin spécialiste du retour. S’il y a un docteur Chevalier dans le bâtiment, il doit descendre immédiatement au niveau moins un du parking pour le Protocole 10. Vie en jeu. »
Solis attendit, le talkie-walkie créant une fréquence d’interférence. Le message était clair : il appelait le Cartographe Négatif.
Il savait que Valois capterait cette fréquence. Elle comprendrait immédiatement le piège. Solis utilisait l’obsession de Chevalier (le Protocole 10) et la rage de Valois (récupérer Laurent) pour un affrontement public.
Solis se tourna vers Laurent. Le corps était froid. Il ne pouvait pas se contenter d’attendre. Il fallait un mouvement de plus.
Il aperçut la cabine de sécurité du parking. Il se lança vers l’avant, fracturant la serrure. À l’intérieur, un panneau de contrôle pour le réseau électrique du parking.
Il arracha le capot, exposant les fils. Solis débrancha la ligne principale, plongeant les trois niveaux de parking dans une obscurité totale, seulement interrompue par les lumières de secours intermittentes.
Le silence fut immédiatement brisé par le bruit d’un van blindé de Lancer qui pénétrait violemment dans le parking. Valois était là.
« Solis ! Montrez-vous ! » hurla Valois, sa voix déformée par l’écho du parking.
Solis se coula derrière un pilier, Laurent à ses pieds.
Il entendit des pas rapides progresser vers son emplacement. Les agents de Lancer, équipés de lunettes de vision nocturne, étaient avantagés. Solis, lui, devait se fier à ses sens aiguisés et aux lumières de secours rouges, clignotantes et anxiogènes.
Soudain, une porte se fit entendre dans le couloir opposé. Le Dr. Chevalier.
Il était là, attiré par l’appel désespéré et la promesse de pouvoir pratiquer son Protocole 10 sur un sujet qui était le secret même de l’Ordre.
Chevalier portait sa blouse de chirurgien maculée de sang, ses yeux déments fixant l’obscurité. Il tenait une mallette métallique stérile. Il était seul. Il était arrivé par les escaliers de l’hôpital.
Valois, entendant le bruit de la porte, réalisa qu’elle avait deux cibles et que Solis était juste en train de créer un chaos tactique.
« Lancer ! Laissez de côté le Protocole Solis ! Neutralisez Chevalier ! Il a le carnet de bord ! » ordonna Valois. Elle avait le carnet vide de preuves, mais cherchait toujours à récupérer la confession originale de Chevalier.
Chevalier recula, comprenant qu’il était piégé.
Solis se lança vers son corps, criant pour attirer l’attention de Chevalier.
« Chevalier ! J’ai Laurent ! Il est mort ! Vous êtes le seul à pouvoir le ramener pour le dernier mot ! »
Chevalier se tourna, fixant Solis, ses yeux brillants d’une folie scientifique. Il vit le corps de Laurent. L’enfant infiltré, le sujet parfait. Il vit la confirmation de son Protocole.
« Laissez-le là, inspecteur ! J’en ai besoin pour le cycle de résurrection ! » Chevalier posa sa mallette et sortit un défibrillateur portable sophistiqué, le summum de l’équipement de réanimation.
Valois, voyant son plan dérailler, ordonna à ses agents de se concentrer sur Chevalier.
« Il doit vous ramener ! Solis ! Il est notre seule chance de connaître le Nom ! » Solis utilisa le secret de Valois contre elle.
Le premier agent de Lancer intervint, une silhouette noire traversant le faisceau d’une lumière de secours. Solis n’eut pas le temps de réagir, l’agent était déjà devant lui.
Solis utilisa Laurent comme un bouclier. Il tira le corps devant lui, forçant l’agent à hésiter un instant. L’hésitation fut suffisante.
Solis donna un coup de pied à la jambe de l’agent, le déséquilibrant. L’agent tomba, son arme glissant sur le sol.
Solis récupéra l’arme, une arme lourde, et la pointa vers le plafond. Il tira. Le bruit fut assourdissant, l’écho se propageant dans le parking.
« Tout le monde à terre ! » cria Solis.
Chevalier, indifférent au combat, se précipita vers Laurent, son kit de réanimation en main. Il avait trouvé son nouveau sujet, son Graal après la fuite des autres.
Valois, voyant l’homme qui détenait les informations clés s’échapper encore une fois des mains de Lancer, se lança dans l’obscurité.
Solis vit sa silhouette et se lança vers elle, utilisant l’agent sonné comme barrage.
« Valois ! Le Procureur a tout publié ! Vous êtes foutue ! »
La rage sur le visage de Valois était palpable. L’Annexe M était dans la rue. Elle l’avait perdue.
« Vous mourrez ici, Solis. Vous mourez avec vos secrets, » cracha Valois, tirant une balle qui manqua Solis de peu, ricochant sur une colonne.
Solis se jeta à terre, poussant Laurent en sécurité derrière une grosse voiture.
Chevalier, ignorant tout, était déjà en pleine action. Il avait ses électrodes fixées. Il chargeait la machine. Le bip-bip rapide du défibrillateur était le seul son régulier dans ce chaos de tirs et de cris.
« Cinquante joules ! » cria Chevalier, sa voix tordue par l’excitation. Il ne parlait pas à Solis ou aux agents, il parlait à la science, à l’instant de la résurrection.
Valois vit que Chevalier était sur le point de réussir. L’ultime confession. Elle devait l’interrompre.
Elle tira vers le défibrillateur de Chevalier. La balle manqua l’appareil, frappant le sol près de lui. Chevalier toussa, mais ne s’arrêta pas. Le défibrillateur appliqua le choc.
Le corps de Laurent se contracta. Solis regarda l’écran. Le moniteur du kit RATP qu’il avait laissé dans l’appartement RATP, mais que Chevalier avait amené avec lui, montrait une ligne plate. Le choc avait échoué.
Chevalier secoua la tête. « Il est trop froid. Je dois le maintenir. Préparez l’adrénaline ! »
Solis réalisa que Valois, en essayant d’attendre de neutraliser Chevalier, était en train de laisser l’opportunité de l’aveu final s’échapper.
Solis se saisit de Laurent, le tirant vers la sortie du parking. Il ne pouvait pas forcer Chevalier à pratiquer la réanimation sans protection. Il devait faire fuir Chevalier.
Solis courut vers une voiture garée près de la sortie. Il utilisa l’arme de l’agent Lancer pour tirer sur la vitre latérale, déclenchant l’alarme. Le bruit strident et désagréable de l’alarme inonda le parking, masquant les sons des tirs.
« Valois ! Vous n’aurez pas Laurent. Je le ramène à la vie ! C’est notre seule monnaie ! » cria Solis, utilisant le corps de Laurent comme un levier psychologique.
Solis se glissa sous la caméra de sécurité, brisant la lentille avec la crosse de l’arme volée. Il devait rendre son exfiltration invisible.
Valois, réalisant que le corps était sur le point de lui échapper, se précipita vers Solis, ses agents la couvrant.
Chevalier, comprenant que la situation devenait trop dangereuse, se saisit de sa mallette. Il courut vers les escaliers d’accès du personnel, le seul chemin pour retourner à Saint-Pères. Il ne pouvait pas se permettre d’être capturé devant un sujet aussi précieux.
Solis, avec Laurent sur l’épaule, arriva à la rampe de sortie du parking.
Une Mercedes noire était garée là, le moteur allumé. Un taxi de luxe, apparemment en attente.
Solis se lança vers la voiture.
« Sortez ! » ordonna Solis au chauffeur, le menaçant avec l’arme.
Le chauffeur, un homme âgé, terrifié, sortit.
Solis s’installa au volant, déposant Laurent sur le siège passager. Il enclencha la marche arrière, créant une diversion en frappant un pilier, puis accéléra, montant la rampe vers la surface.
Valois et ses agents arrivèrent à l’embouchure du parking. Ils virent Solis et Laurent disparaître dans la nuit, les lumières de la Mercedes s’éloignant rapidement.
« Lancer ! Poursuite immédiate ! Ne le perdez pas ! Je veux ce corps ! »
Valois savait que Solis allait chercher l’exutoire ultime, la seule personne capable de restaurer Laurent. Chevalier.
Solis conduisait de manière erratique, slalomant dans les rues. Il regardait Laurent. Corps inerte, respiration inexistante.
Il fit un bref détour, s’assurant qu’il allait dans la bonne direction. Hôpital Saint-Pères. Il devait ramener Chevalier à Laurent.
Il s’arrêta brutalement devant l’entrée de service de l’hôpital Saint-Pères, là où Chevalier était censé s’être réfugié après la confrontation au parking.
Il laissa le moteur allumé, déposant le corps dans l’entrée de l’hôpital, à la vue de tous, à côté d’un grand panneau d’affichage pour les dons de sang.
Solis se lança vers un talkie-walkie de la sécurité de l’hôpital qu’il avait volé plus tôt.
« Attention à toutes les unités de sécurité ! Le Cartographe Négatif a été aperçu à l’intérieur des laboratoires, niveau moins deux. Il détient un otage ! » Solis ne cherchait pas la discrétion, il voulait la confusion.
Puis, Solis retourna à sa voiture, prenant le corps de Laurent et le ramenant au siège. Il devait partir.
Il se mit en route, conduisant rapidement, sachant que la confusion ne durerait pas. Il devait attirer Chevalier dans un nouveau piège.
Solis réalisa que le duel n’était plus une question de traque, mais de provocation. Il devait forcer Chevalier à se manifester, à sortir de sa cachette pour récupérer son « sujet d’étude » le plus précieux.
La seule façon d’y arriver était d’utiliser les agents de Valois. Il devait se diriger vers les « Docks », le lieu que Laurent avait indiqué, et les y attirer.
Solis conduisait le long de la Seine, réfléchissant au mot Docks. Pas les docks industriels, trop évidents. Mais le quai Quai Anatole France, là où se trouvait un complexe d’archives maritimes sous-utilisé, connu pour ses grands entrepôts silencieux. L’endroit idéal pour une confession publique.
Solis mit le cap sur les Docks. Il devait créer le choc. Le choc final de la vérité devant les caméras, devant Valois, devant Chevalier.
Il devait ramener Laurent pour la vérité ultime. Chevalier était le seul à pouvoir le faire.
Solis regarda dans son rétroviseur. La Mercedes volée était suivie par des lumières. Lancer était là, accroché à ses talons.
Il accéléra.
Solis arriva aux Docks. Les grands hangars étaient sombres et silencieux, les ombres des grues s’étendant sur le fleuve. L’endroit parfait pour le rideau final.
Il prit un virage serré, se garant brutalement devant l’entrée principale du Hangar C.
Solis sortit le corps de Laurent, l’alongeant sur le bitume, sous l’éclat froid des lampes au sodium. Il s’assura que les agents de Lancer, qui arrivaient en trombe, le verraient.
Il sortit une dernière fois son talkie-walkie. « Valois. Docks, Hangar C. Laurent est là. J’ai besoin de Chevalier pour le ramener. »
Valois, maintenant en communication directe, ne parla pas. Elle envoya un ordre de déploiement à ses agents.
Solis se sentit faible. Il était au bout de sa course. Laurent était là, sa dernière chance.
Il aperçut une lumière clignotante au loin, sur les toits d’un bâtiment des Docks. Chevalier. Il avait suivi Solis. Il venait pour son Protocole 10.
Solis se dirigea vers le Hangar C, laissant le corps de Laurent à l’entrée. Il entra. Le hangar était vide, rempli d’une odeur de sel et de métal rouillé.
Il entendit les agents de Lancer se déployer, le bruit de leurs bottes couvrant le crissement des pneus sur le bitume.
Valois arriva. Elle vit le corps de Laurent, immobile. Elle vit le piège.
Solis apparut dans l’ombre du hangar.
« Valois. Les caméras sont en route. Une chaîne indépendante est prévenue. Le Protocole 10 aura lieu ici, et maintenant. »
Valois ne se laissa pas déstabiliser. « Vous ne vous en sortirez pas, Solis. Cet enfant est mort, vous êtes le seul responsable de cette trahison. »
« Je ne suis pas le responsable de sa mort. C’est le Protocole de L’Ordre. »
Soudain, une porte de côté s’ouvrit. Chevalier apparut, sa mallette de réanimation à la main, son visage illuminé par la folie. Il avait ses propres caméras miniatures, Solis le savait. Il filmait l’instant de la résurrection pour sa science.
« Laissez-moi accéder à mon sujet, inspecteur ! Il est à la limite ! » cria Chevalier, se précipitant vers Laurent.
Valois se tourna, son arme pointée vers Chevalier.
« Chevalier, arrêtez ! Vous êtes en état d’arrestation. Lancer ! Neutralisez le Cartographe ! »
Solis, profitant de la confusion, courut vers Laurent, se positionnant entre le corps et Valois.
« Vous voulez le secret, Valois ? Vous devez le laisser revenir ! »
Chevalier, ignoré, parvint à atteindre Laurent. Il ouvrit sa mallette, fixant les électrodes sur l’enfant.
« Un choc ! Maintenant ! »
Solis vit que c’était son moment. Il devait forcer Chevalier à agir, le prendre en flagrant délit de “torture létale” devant Valois, et devant les caméras qu’il espérait être là.
Chevalier appliqua la charge maximale. Le corps de Laurent se souleva. Solis retint son souffle, regardant la course du moniteur cardiaque.
Rien.
Chevalier se mit à rire. « Il a tout donné ! La mort est totale ! »
Valois tira. La balle manqua Chevalier, brisant une petite bonbonne de gaz compressé.
« Foutez-lui dessus, Solis ! Il va vous échapper ! »
Solis se concentra sur Laurent, ignorant Valois, ignorant Chevalier. Il était au bord de l’effondrement. Il n’y avait plus de retour.
Chevalier, pris par une excitation clinique, se lança sur Laurent avec une seringue d’adrénaline au lieu de paniquer.
Solis cria. « Ramenez-le, Chevalier ! Ramenez-le pour l’ultime aveu ! »
Valois tira à nouveau. La balle atteignit Chevalier, le faisant crier de douleur. Il tomba, sa mallette se brisant sur le sol.
Solis saisit Laurent. Il devait le mettre hors de portée.
Valois, folle de rage, se lança vers Solis. « Vous ne m’empêcherez pas d’étouffer cette affaire ! »
Solis réalisa que c’était la fin. Il courut vers les quais, Valois à ses trousses. Laurent sur son épaule. Chevalier gisait derrière eux, blessé, son Protocole brisé.
Solis se jeta dans l’eau froide de la Seine. Le choc thermique le frappa violemment. Il tenait Laurent, luttant contre le courant glacial, tandis que Valois arrivait au bord du quai, son arme pointée. Elle ne pouvait pas tirer sans révéler son crime.
Solis nagea vers l’ombre d’un grand bateau de croisière abandonné, son unique chance de s’échapper des Docks. L’eau sentait la vase et le pétrole. Solis réalisa qu’il était en train de se noyer.
Il arriva à la coque du navire, se hissant hors de l’eau. Laurent était à peine maintenu.
Il jeta le corps de Laurent sur la coque rouillée, grimpant à bord du navire.
Valois, au bord du quai, donna l’ordre. « Lancer ! Récupérez-les ! Ne les laissez pas fuir par le fleuve ! »
Solis se lança dans les entrailles du navire de croisière. Une coque immense, vide. Le bruit des hélicoptères de la police se fit entendre au-dessus d’eux. Le chaos médiatique qu’il avait déclenché avec l’Annexe M était total.
Solis devait mettre Laurent en sécurité pour chercher le prochain choc. Le seul homme qui pouvait le ramener était maintenant poursuivi par Valois elle-même. Solis devait le trouver et le forcer à réanimer Laurent. Il devait le forcer à la confession finale.
Solis se dirigea vers la passerelle. Il était sur le navire. Il était hors de portée.
Il regarda Laurent, étendu sur le pont rouillé. L’enfant était dans un état de mort complète.
Solis se souvint des Docks, le secret. Laurent voulait que ce soit là.
Solis tira Laurent vers un petit réduit de stockage, le seul endroit où il pouvait le cacher.
Il sortit son téléphone, envoyant un message crypté à Chevalier. Il n’avait pas l’adresse de Chevalier, mais il utilisait les anciennes fréquences de communication de la PJ.
J’ai le corps. Vous le voulez réanimé ? Hôpital Saint-Pères. Retour à la morgue, dans une heure. Venez seul. Solis.
Solis posa Laurent, dont le corps était de marbre, froid, et attendit dans le silence. Il allait offrir Laurent comme leurre final à Chevalier, pour un nouveau Protocole 10, le dernier, au milieu de l’Hôpital Saint-Pères.
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